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Les centrales éoliennes offshore en France. Chap.1 : Nass&Wind Offshore



LORIENT - (France - U.E.) - 21/10/2009 - 3B Conseils -
Alors que se poursuit aujourd'hui à Liverpool la grand-messe de l'éolien offshore du nord de l'Europe, la BWEA (British Wind Energy Association) ne répertorie toujours pas (ICI) le moindre projet éolien offshore français à l'horizon 2010. On ne leur jette pas la pierre : il n'y en a pas ! Il faut aller presque fouiller au détour des astérisques pour trouver une phrase qui fait allusion à 500 MW en France "under consideration" c'est à dire "à l'étude".
Je vais donc profiter de cette grand-messe pour vous parler pendant 3 jours de l'éolien offshore français qui, bien que n'ayant aucune réalisation concrète à mettre à son actif en 2009 (et en 2010), n'en existe pas moins bel et bien. Je vous détaillerai demain les projets de Blue H France, et vendredi celui d'Enertrag France sur la côte d'Albâtre. Dans ce post c'est sur les projets de Nass&Wind qu'il me paraît utile de revenir en détail surtout après les diverses annonces parues depuis le début du mois dans la blogosphère.

NASS&WIND OFFSHORE MET L'ACCENT SUR LA PRIORITÉ DONNÉE À LA CONCERTATION
Nass&Wind Offshore développe au total des projets de parcs éoliens offshore d’une puissance potentielle équivalente à plus de 1.000 MW, soit près de 15 % de l’objectif fixé par le gouvernement français pour 2020 et l'équivalent, en gros, d'une centrale nucléaire.
Outre le projet de la baie de Saint-Brieuc, dit aussi "du grand Léjon" (40 éoliennes de 6 MW, puissance installée 240MW, soit l'équivalent de l'usine marémotrice de La Rance) dont je vais reparler plus loin, Nass&Wind Offshore développe aujourd’hui d’autres projets de parcs éoliens français fixés en mer, au large de la Bretagne, notamment :
- au large de Lorient : 20 éoliennes de 5 MW, puissance installée 100 MW
- sur le banc de Guérande : 60 à 80 éoliennes de 5 MW, puissance installée 300 à 400 MW
- au sud du plateau des Minquiers, à une vingtaine de kilomètres au large de Saint-Malo : 33 éoliennes de 6 MW, puissance installée 200 MW.

LE PARC DU GRAND LEJON OU DE SAINT BRIEUC
Si le projet de parc éolien fixé en mer à proximité du Grand Léjon ("projet de Saint-Brieuc" donc) a fait récemment couler beaucoup d'encre, c'est sans doute parce qu'il sera le tout premier parc éolien offshore édifié au large des côtes bretonnes. Nass&Wind, qui est un des acteurs de l'éolien offshore français qui communique incontestablement le plus (bien qu'avare en visuels !), tient à faire savoir aujourd'hui, avant toute chose, que ce projet est le fruit d'un dialogue patient noué depuis dix-huit mois par l’entreprise lorientaise avec les élus, les pêcheurs, les plaisanciers et les représentants du monde associatif du Pays de Saint-Brieuc. Une étude cartographique et bibliographique rigoureuse a permis aux ingénieurs de Nass&Wind Offshore de définir une zone propice à l’implantation d’un parc éolien offshore fixe. Celle-ci se situe à environ 3 miles dans le nord-est du Grand Léjon, à une distance de 28 km de Saint-Brieuc, 23 km de Saint-Quay Portrieux et 11 km des côtes d’Erquy. Le coût du projet est estimé à € 850 millions d’euros.

LE CALENDRIER ADMINISTRATIF
Un document de cadrage, qui a pour but d'informer officiellement la préfecture d'un département et les services instructeurs de l’Etat de l'existence d'un projet de développement de parc éolien offshore fixe au large des côtes du dit département, a été déposé en mars 2009. La "demande de concession d’utilisation du domaine public maritime", que l'on confond souvent à tort avec le document de cadrage, ce qui engendre des erreurs fréquentes sur les dates de construction, cette demande de concession donc, véritable permis de construire d'un parc éolien (décret n°2004-308 du 29 mars 2004), sera déposée auprès de la Préfecture départementale des Côtes d’Armor en mars 2010. C'est-à-dire un an après le document de cadrage, soit le temps nécessaire à Nass&Wind Offshore pour exploiter les résultats de l’ensemble des études d’impact lancées sur zone.
A partir de cette date, l’instruction du dossier durera dix-huit mois, ce qui permet de fixer la date de début de construction du parc courant 2012. Sa mise en service est programmée en 2014. Le nombre d’emplois locaux créés pour assurer l’exploitation et la maintenance du parc est estimé à une quarantaine. Le responsable du projet est un ingénieur âgé de 42 ans né à Saint-Brieuc, Jacques Barreau, qui a rejoint Nass&Wind Offshore en 2008. Fixées par 39 mètres de fond, les 40 éoliennes du parc de Saint-Brieuc ou du Grand Léjon seront posées sur des fondations de type gravitaire ou sur un quadripode métallique. Le choix définitif de la technologie retenue dépendra du résultat des études technico-économiques lancées par Nass&Wind Offshore.

LA CONCERTATION AVANT LA CONSTRUCTION
La localisation et la forme précises du parc s’affinent peu à peu au gré d’un processus de concertation commencé il y a dix-huit mois. Jacques Barreau et ses collaborateurs ont déjà rencontré une trentaine d’élus et de responsables techniques municipaux ainsi que les représentants d’une vingtaine d’associations. Ils ont également rencontré à une vingtaine de reprises les pêcheurs professionnels de Saint-Brieuc et de Paimpol et leurs représentants. Ces échanges ont donné lieu à une évolution significative de la forme et de la localisation du parc, situé volontairement en dehors du gisement principal de coquilles Saint-Jacques. Les discussions vont se poursuivre afin, notamment, d’évaluer précisément l’influence du projet sur l’activité des pêcheurs professionnels locaux et trouver avec ces derniers de nouvelles opportunités pour préserver, voire même développer, la ressource halieutique. On le sait, les fondations ou les plots d'éoliennes en mer, comme de toute plate-forme en mer, peuvent servir de pouponnières à des élevages de poissons. Nass&Wind n'a pas annoncé s'être engagé dans cette voie, mais on aurait tort dans le futur de négliger cette ressource facilement quantifiable et contrôlable. Concernant l'environnement à proprement parler, l’entreprise lorientaise a déjà investi près de € 400.000 dans la réalisation d’études environnementales et paysagères sur la zone étudiée et à proximité de celle-ci. Réalisées par des experts régionaux, celles-ci ont commencé au printemps 2009. Elles doivent notamment permettre d’étudier les interactions entre le parc et le milieu naturel dans lequel il devra s’insérer. Quant à l’étude paysagère, confiée au bureau d’études brestois l’Atelier de l’Île, elle a pour objectif d’inscrire l’implantation du parc dans un projet de paysage cohérent et respectueux d’un territoire profondément attaché à l’identité de la Bretagne.

LA BRETAGNE ET L'ÉOLIEN OFFSHORE
La Région Bretagne est, on le constate ici, la région française la plus active dans le domaine de l'éolien offshore puisqu'elle s’est fixé comme objectif d’accueillir au large de ses côtes 500 MW d’éolien offshore d’ici 2015 et 1.000 MW d’ici 2020, pour une production de 3,5 TWh représentant 14 % de la consommation électrique bretonne (19,8 TWh en 2007). Nass&WInd considère qu'il est important de souligner que le profil annuel de production d’énergie des éoliennes offshore qui seront ainsi implantées au large des côtes bretonnes est très semblable à celui des besoins en électricité de la Bretagne. Mais la Bretagne n'est pas la seule région de France où l'éolien offshore pourrait être développé. En France, les sites les plus favorables se trouvent sur les côtes de la Manche et de la Mer du Nord, ainsi que sur la façade Atlantique entre la Bretagne et l’Aquitaine. Selon l’Agence internationale de l’énergie, "le potentiel de production offshore en France pour 2020 est estimé à 30 TWh, soit la consommation domestique (chauffage compris) de 13 millions de français."

Article : Francis ROUSSEAU

Docs : Sites liés. Photo Eoliennes en mer document © Nass&Wind

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E. ON, n°1 de l'éolien en mer européen achève son projet en Mer Baltique



DÜSSELDORF - (Allemagne) - 20/10/2009 - 3B Conseils -E.ON Climate & Renewables a permis à l'énergie éolienne en mer Baltique de franchir une étape décisive sur le site de Rödsand qui se trouve entre l'île de Fehmarn (Allemagne) et l'île de Lolland (Danemark). E.ON vient d'annoncer en effet que la moitié des fondations des mats et les premiers câbles destinés à acheminer l'électricité produite par les 90 turbines éoliennes jusqu'au poste de transformation viennent d'être achevés avec succès. Les travaux se déroulent strictement selon le calendrier prévu et ce parc éolien en mer sera raccordé au réseau à l'automne 2010, conformément aux prévisions. Une fois construit, je rappelle que Rödsand II sera le plus grand parc éolien offshore opérationnel au sein du groupe E.ON. Avec une capacité de plus de 200 MW, il va fournir assez d'énergie propre et renouvelable pour 230.000 foyers (chiffres E.ON). Les turbines Siemens qui le composent ont une capacité de 2,3 MW chacune pour un diamètre de rotor de 93 mètres (chiffres Siemens). Ce parc éolien en mer coûtera environ € 400 millions. A peine à trois kilomètres à l'est du site de Rödsand II, E.ON exploite déjà le parc éolien en mer de Rödsand I, qui a une capacité de 160 MW. En service, les deux parcs totaliseront une capacité installées de 360MW. Pour Frank Mastiaux de E.ON Climate & Renewables : "En matière d'énergies renouvelables nous poursuivons nos travaux sans relâche et nous faisons des progrès rapides dans l'expansion de nos parcs éoliens en mer. Chez E.ON l'expansion dans l'éolien en mer n'est pas en contradiction avec l'expansion d'autres technologies renouvelables marines ou non. Dans le futur bouquet énergétique toutes les énergies sont appelées à jouer un rôle. D'ici 2011 E.ON a décidé d' investir € 8 milliards dans les énergies renouvelables et de dépasser la barre des 2GW d'énergies renouvelables installés en 2015. Ces chiffres prouvent que des entreprises comme E. ON, contribuent largement à la percée de l'énergie éolienne offshore. "
Il faut bien reconnaître qu'E.ON apparaît déjà comme le leader européen de l'éolien offshore avec une présence affichée dans les plus grands parcs éoliens en mer d'Europe du Nord : récemment celui de Robin Rigg, (180 MW au large des côtes de l'Ecosse), mais aussi l'historique parc Alpha Ventus, et le projet London Array, sauvé de justesse du désastre financier et qui se propose bel et bien d'être le plus grand parc éolien du monde avec ses 1000 MW installés dans l'estuaire de la Tamise. Au total, E.ON compte 3,1 gigawatts en cours de développement.

Article : Francis ROUSSEAU

Docs : sites liés. Photos. Turbine éolienne Siemens en fabrication © Siemens

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Économie et financement des énergies renouvelables marines



BREST -(France-U.E.) - 19/10/2009 - 3B Conseils - Dans les entretiens Science et Ethique 2009, l’une des tables rondes qui m’a le plus passionné et sur laquelle je reviens ce matin à nouveau, fut celle consacrée à l’économie et au financement des Energies renouvelables marines (ERM) comparé à l’économie des autres sources d’énergies renouvelables actuellement proposées. L’argent étant le nerf de la guerre, il était pour le moins essentiel de savoir quel regard des éminents économistes posaient sur ce secteur. Nous n’avons pas été déçus !

La table ronde réunissait autour d’une intervention de Michel Rocard sur la taxe carbone, Jean-Michel Gauthier, Associé, responsable mondial Energie et Ressources Deloitte, co-responsable de la Chaire Energie & Finance HEC-Deloitte, sur le thème « Les énergies de la mer dans l’équilibre énergétique mondial » et Jean-Michel Maingain pour Federal Finance sur le thème
" Comment financer les énergies renouvelables de la mer par les marchés ? ». Etaient également présents l'économiste Jean-Marc Daniel, directeur de la revue " Sociétal", et Alain Clément de l'École Centrale de Nantes, porteur du projet de convertisseur d'énergie des vagues SEAREV.


La brillante présentation de Jean-Michel Gauthier commençait plutôt bien pour les énergies renouvelables par l’histoire du «modèle économique non durable» qu’est notre passé industriel nourri presque exclusivement d’énergies fossiles. Mais l’enthousiasme fut de courte durée et à mesure que les diapositives défilaient on sentait le spectre de la dépression (nerveuse) qui gagnait la salle. Non que Jean-Michel Gauthier eût été ennuyeux d’une quelconque façon ; bien au contraire, son exposé fut aussi brillant et captivant que possible, mais le constat qu’en 2030, plus de 80 % des énergies devraient encore être d’origine fossile (sauf politique mondiale de réduction drastique concertée) jeta un froid dans ce repaire de fans des énergies renouvelables ! Certes ce chiffre représente une baisse par rapport à l’époque présente où les énergies fossiles entrent pour 90% dans l’approvisionnement énergétique mondial, mais, dans la démonstration de J.-M. Gauthier, il faut encore attendre 2050 pour que la part des renouvelables soit significative. Si pour cet expert bien connu de l’énergie, «l’ère du pétrole facile à exploiter et bon marché appartient au passé» le salut ne viendra pas forcément de là où on attend. A l’ère des énergies fossiles «sales» pourrait succéder l’ère du charbon propre (c’est d’ailleurs le pari qu’est en train de prendre en ce moment même le gouvernement des Etats-Unis) et l’ère du solaire, reléguant l’installation des énergies renouvelables marines au rang des apparitions tardives sur la scène de ce siècle et, de toute façon, au rang des rôles de compléments. «A l’horizon 2030, les énergies de la houle et de la marée ne concernent que l’OCDE et n’apportent qu’un complément marginal à la lutte contre le changement climatique» (cf. slide élaborée par J. M. Gauthier à partir des sources IEA, WEO 2008). Dans ce scénario énergétique vertueux où les premiers rôles sont tenus par le charbon propre, le solaire et l’éolien, «les énergies de la mer n’arrivent qu’après 2030». J.- M. Gauthier a beaucoup insisté sur les liens entre développement des renouvelables (et donc des renouvelables marines) et augmentation des prix du pétrole. «La chute des prix du pétrole est la pire nouvelle» pour l’investissement dans les renouvelables. Pas de bol ! C’est précisément la période que nous traversons, où bon nombre de projets sont retardés voir remis sine die parce que complètement inéconomiques en dessous de 80 US$/baril de pétrole. Alain Clément de l’École Centrale de Nantes, porteur du projet français de récupérateur d’énergie des vagues SEAREV, présent à cette table ronde, a pu confirmer cette marche arrière des investisseurs sur les projets innovants (et en particulier sur le sien). Il n’est, bien entendu, pas le seul dans ce cas, et il n’est guère qu‘une énorme structure comme DCNS pour annoncer aujourd’hui des investissements dans un projet aussi innovant que celui de l’usine pilote E.T.M. de La Réunion. Cependant cette chute des prix pétroliers risque fort de ne pas durer et à moyen terme, selon notre expert de chez Deloitte, c’est à une violente remontée des prix à laquelle il faut s’attendre. Bonne nouvelle donc pour les ERM ? Et bien non pas si sûr ! Car qui dit prix élevé dit baisse de la consommation et donc baisse du CO2, qui est, je le rappelle au passage et sans mauvais jeu de mots, le moteur du développement des énergies renouvelables en général. Puisque le CO2 baisse à quoi bon se risquer à investir dans des technologies renouvelables révolutionnaires. Donc effet paradoxal et néanmoins pervers de la crise financière, le report de projets renouvelables nous conduit vers une «recarbonisation» automatique de notre économie à moyen terme. Peut-être alors se tournera-t-on vers les compléments pour faire face à une situation dont on ne peut pas douter qu’elle soit une situation de crise. On voit bien dans ce scénario que, quel que soit le cas de figure, l’appel aux renouvelables de la mer ne sera à la hauteur de ses immenses capacités de production que dans la seconde moitié du siècle. Mais on voit aussi que l’on aura du mal à se passer d’elles ; même pour une part infime, elles devront entrer dans le mix énergétique capable de sauver la planète (puisqu’il est aussi accessoirement question de ça !) de la catastrophe climatique annoncée par les pythies du genre.



L’autre intervenant de poids dans ce débat économique était Jean-Michel Maingain de Fédéral Finance (filiale a 100% de Crédit Mutuel Arkéa, 16ème société de gestion française) dont il faut rappeler qu’elle est une des premières structures financières française à s’engager aussi fortement dans le domaine de l’environnement avec deux fonds labellisés par Novethic (Federal Actions Ethiques, Federal Europe ISR) et un fonds thématique environnement : Planète Bleue. La démonstration de Jean Michel Maingain a commencé sur "le constat indéniable d’investissements croissants depuis 2004", (grâce aux soutiens politiques en grande partie) dans le domaine des énergies renouvelables (cf. slide élaborée par Federal Finance à partir de sources New Energy Finance). Sans grande surprise, parmi ces énergies, c’est en 2009 et en termes d’opérations financières, l’éolien qui arrive largement en tête avec $23 635 millions devant le solaire avec $3 310 millions, les énergies de la mer arrivant en queue de peloton avec $5 millions. 2009 marque cependant une pause mais une forte croissance des opérations financières dans ce domaine devrait se dessiner en Asie (Chine) et aux Etats-Unis entre 2010 et 2020. Le marché éolien offshore qui n’est pas à proprement parler classé dans les renouvelables marines, et malgré la forte croissance qu’il a connue depuis 2007 en Europe du Nord, n’inspire cependant toujours que prudence chez les investisseurs, assez nerveux sur l’incertitude des coûts des projets et les besoins logistiques importants à développer (bateaux, entretien, etc.). Concernant les énergies marines, hors éolien offshore, c’est l’Europe qui arrive en tête des investissements avec 25% des investissements au Royaume-Uni. Cependant l’écho du monde de la finance répercuté par Federal Finance et Jean-Michel Maingain, concernant ce secteur n’est pas forcément très positif non plus ; le monde de la finance considère en effet les technologies marines comme «peu matures pour les marchés financiers», les montants sont marginaux et volatils et la taille même du marché trop faible. Pas assez matures pour se financer publiquement sur les marchés actions, ces technologies doivent plutôt rechercher à se faire référencer par les fonds de private equity cleantech, dont les levées de fonds sont aujourd’hui au même niveau que la biotech, notamment aux Etats-Unis. Fédéral Finance constate que son intérêt d’investisseur le conduit à porter le regard vers les développements de l’éolien offshore, notamment en ce qui concerne les technologies de flottaison mais également la production d’algo-biocarburants, domaine dont je n’arrêterai pas d‘écrire sur ce blog qu’il est prometteur, même si je m'attire les foudres de tous les autres lobbies. Jean Michel Maingain, pour Federal Finance, a conclu de façon plutôt optimiste que "le développement dans le secteur des technologies environnementales va continuer à croître fortement dans les quinze prochaines années" et, qu’en "lien avec elles, les technologies marines devraient accélérer leur croissance". C’est pourquoi les plus vifs encouragements sont adressés aux acteurs qui sont déjà présents sur le secteur. Et lorsque l’encouragement, même vif, ne suffit pas à nourrir son homme, des structures comme Federal Finance encouragent à se rapprocher de capitaux privés.

Il va donc falloir beaucoup d’imagination et de courage aux chercheurs de ces domaines novateurs pour continuer à exister. M’est-il permis de signaler à ceux d’entre eux qui lisent ce blog, et je sais qu'ils sont nombreux, que l’imagination en matière de communication sur leur projet fait aussi partie de ce qui peut les aider. Pour le reste nombreux sont ceux qui pensent aujourd’hui que la crise climatique n’a pas d’issue négociable. Je suis bien entendu de ceux là. C’est pourquoi je crois à l’avenir des énergies renouvelables marines, même rapportées au rang d’actrices de complément.

Article : Francis ROUSSEAU

Docs : Sites liés et Entretiens Science et éthique 2009. Photos : Slide 1 © J. M. Gauthier ©Deloitte © IEA ©WEO. Slide 2 © J. M. Gauthier ©Deloitte © IEA ©WEO. Slide 3 © Jean-Michel Maingain, Federal Finance.
Vous pourreez retrouvez d'ici quelques jours les videos de ces interventions in extenso sur les sites de Canal C2 (ICI) ou pour certaines d'entre elles, sur celui des Web Trotters ICI

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Energies renouvelables de la mer en France : toujours un fossé entre les déclarations d'intentions et la réalité de terrain

BREST - (France-U.E) - 16/10/2009 - 3B Conseils - Concernant les énergies renouvelables de la mer en France, les entretiens Science et Éthique, organisés par 3B Conseils qui s'achèvent à Brest aujourd'hui, ont permis de mettre en lumière, au fil des diverses interventions, l'immense fossé qui sépare les intentions de la réalité. Le tout teinté d'un certain attentisme, voire de pessimisme au moment même où beaucoup s'accordent à reconnaître pourtant que "les énergies marines sont à la mode". Pour quelqu'un comme moi qui reçoit plutôt en priorité l'écho de ce qui se passe sur le plan international, ce constat est troublant. La déclaration faite par la Préfecture Maritime de l'Atlantique (que j'ai citée hier) à propos de " l'objectif fixé par le Grenelle de la Mer d'atteindre 6000MW d'énergies renouvelables marines pour 2020 " et le constat officiel qu' "en 2009 la puissance installée est de 0 MW" a frappé les esprits. Mais plutôt que de se dire qu'il y a 6000 MW à produire, et donc qu'il y a du boulot, la tendance est à se renvoyer la balle et à insister sur la difficulté voire l'impossibilité à tenir cet objectif. Cette "impossibilité " serait de plusieurs natures :
- technologique d'abord : selon certaines déclarations en effet la France n'est leader dans aucune énergie renouvelable marine ; tout est encore du domaine de la R&D ou dans le meilleur des cas au stade de prototype.
- administrative et juridique : l'État ne faciliterait pas autant qu'il veut le laisser penser la tâche des acteurs sur le terrain. Il est vrai que bien qu'il faille officiellement 18 mois entre le dépôt de permis de construction d'un parc éolien offshore et sa réalisation, le premier parc éolien offshore, qui a lancé la procédure il y presque 5 ans, attend toujours l'installation de la première éolienne !
- financière : presque aucune des sociétés agissant dans le domaine des énergies renouvelables marines en France n'est cotée en bourse ou ne présenterait une surface financière suffisante pour attirer les capitaux (et éventuellement la confiance!).
Ces arguments ne sont pas une exclusivité française. On les retrouve cités en partie, dans plusieurs pays industrialisés (y compris et à commencer aux Etats-Unis d'ailleurs). Seules exceptions : certains pays du Nord de l'Europe.
Le Président de la République a déclaré qu'il serait criminel de ne pas prendre en compte les énergies marines eu égard à la place occupée par le domaine maritime français (le 2e mondial). Voilà pour l'intention, avec laquelle on ne peut être qu'en accord. Mais dans les faits le financement de ces énergies est suspendu à la récolte du futur "grand emprunt national" et reste cantonné dans le domaine de l'expérimental duquel on a l'impression qu'il ne sortira pas avant longtemps alors que dans d'autres pays - quoi que l'on dise - la phase industrielle et commerciale est déjà entamée. Certains intervenants n'ont pas hésité à dénoncer le bluff (!) qui entourerait les déclarations des acteurs internationaux dans le domaine des énergies marines. Chacun se présentant comme leader dans son domaine alors que la réalité serait toute autre : tous en seraient, en gros, au même stade de développement. S'il est vrai que la communication de certaines compagnies peut paraitre "enthousiaste", on va dire, il n'en demeure pas moins que des prototypes fonctionnent en mer, que certains entrent en phase commerciale, et que des parcs éoliens en mer fournissent bel et bien de l'électricité aujourd'hui quelque part dans le nord de l'Europe. La France elle-même par l'intermédiaire de DCNS s'engage de façon visible dans la fabrication d'un prototype E.T.M. mais pas seulement E.T.M. (cf. l'article d'hier). Quant à LA technologie marine dans laquelle la France est réellement leader, la marémotricité (avec l'usine marémotrice de la Rance), il est de bon ton de faire la fine bouche à son sujet alors que l'on sait maintenant qu'EDF EN n'hésite pas à en exporter le modèle aussi bien en Corée qu'au Royaume-Uni, puisque le distributeur français serait (et ceci est un verbe au conditionnel) un des acteurs du nouveau format, plus éco-respectueux, d'usine marémotrice en cours de construction dans l'estuaire de la Severn. Peut-être faudrait-t-il que le baril de pétrole fasse de nouveau un bond au-dessus de 100 dollars pour que l'on pose sur les énergies de la mer ce regard enamouré que l'on avait posé l'année dernière à peu près à la même époque.
Pour l'instant on est loin du compte et il paraît urgent d'attendre.
Pour Michel Rocard qui répond aujourd'hui dans les entretiens Science et Ethique aux questions d'Hubert Coudurier du Télégramme et de Sylvie Andreu de France Culture : " On ne se débarrassera pas du pétrole comme ça, hélas. C’est un peu un rêve. Combien de temps il nous faut pour supprimer tout le parc automobile ? Probablement 20 ou 30 ans et même la voiture électrique sera rechargée avec une électricité qu’il faudra bien produire. Et dans l’électricité, on aura toujours un petit mix."
Les énergies de la mer seraient donc les mal-aimées des énergies renouvelables ? En France il faut tout de même constater que c'est une évidence, malgré les talents et les compétences dans le domaine.

Aujourd'hui table ronde consacrée à l’économie et au financement des Energies renouvelables marines sur laquelle je reviendrai plus en détails la semaine prochaine avec la participation de Jean-Michel Gauthier Associé Directeur Deloitte, responsable mondial Energie et Ressources Deloitte, fondateur de la Chaire Energie & Finance HEC-Deloitte, Jean-Michel Maingain (Federal Finance), Jean-Marc Daniel, économiste, directeur de la revue " Sociétal", et
Alain Clément de L'Ecole Centrale de Nantes, porteur du projet de convertisseur d'énergie des vagues SEAREV.

Article : Francis ROUSSEAU

Sources : Entretiens Science et Ethique 2009

La Réunion : crédits fournis pour l'implantation d'une centrale pilote ETM et d'un démonstrateur CETO


SAINT-DENIS - (Ile de La Réunion - France- U.E) - 14/10/2009 - 3B Conseils - Deux conventions ont été signées ce 13 octobre 2009 entre l’Etat (le Préfet en l'occurrence) et le Conseil régional de la Réunion dans le cadre du Plan de relance apportant ainsi un premier développement concret à la promesse du Premier ministre François Fillon de consacrer €8 millions à deux projets réunionnais. Une de ces deux conventions concerne le projet d'exploitation d'Energie Thermique des Mers (OTEC en anglais), porté par DCNS ; la seconde concerne l'extraction d'énergies des vagues grâce au procédé australien CETO (propriété de Carnegie) procédé autour duquel EDF Énergies nouvelles (EDF EN) et DCNS travailleraient, semble-t-il, à l’unisson.
Dès avril dernier, je faisais état dans ce blog d'une première convention signée entre le Préfet de la Région Réunion et la DCNS concernant une étude d'implantation d’un démonstrateur ETM dans l'île. Après 8 mois de travaux, DCNS a mis en évidence la nécessité de rechercher les optimisations technologiques devant s’intégrer à ces centrales ETM et identifié les risques techniques du projet. Concrètement, DCNS va réaliser une centrale-pilote. Elle permettra de valider les systèmes thermodynamiques existants et de rechercher des adaptations techniques, économiques et financières propres au contexte réunionnais. Ce projet-pilote servira également à la fois de laboratoire d’expérimentation pour les chercheurs et d’outil de formation pour les techniciens chargés de l'entretien futur. Les risques étudiés portent sur le pompage de l’eau froide en profondeur et les conditions de l’ancrage. Paul Vergès, président de la Région, a déclaré au magazine réunionnais Clicanoo : “Nous arriverons à tenir le pari de l’autonomie énergétique en collaboration avec l’État et le président de la République. Aujourd’hui s’ouvre une période d’expérimentation sur la réalité des énergies marines. Et ces travaux auront une portée internationale. Nous sommes comme des découvreurs.” Et il a ajouté dans le magazine Témoignages : "Cet engagement a aussi une autre portée internationale. Il consiste à réintégrer dans les frontières de chaque Etat ce qui était la base des conflits ". Pour la valorisation de l’ETM, le montant des dépenses éligibles s’élève à € 6.667.000 euros, dont € 5 millions subventionnés par le Plan de relance de l'Etat. Concernant encore l’ETM, un banc d’essai à terre devrait être testé en 2011 à l’IUT de Saint-Pierre, pour une mise à l’eau du démonstrateur au large du port en 2014. Dans le mix d'énergies renouvelables prévu à l’horizon 2025, l’ETM pourrait fournir 15% de l’électricité de l’île et, d'après les déclarations à Clicanoo de Frédéric Lelidec, directeur développement mer à DCNS : “100 MW en 2030”.
Quant à l'énergie des vagues, dite aussi "houlomotrice", il faut se souvenir que deux technologies différentes sont expérimentées à la Reunion. La technologie de type serpent PELAMIS exploitée par l'entreprise réunionnaise Seawatt et la technologie CETO de la compagnie Carnegie. C’est ce deuxième procédé qui fait l’objet d'une des deux conventions signées le 13. Le procédé CETO sera donc exploité à La Réunion par EDF Energies Nouvelles qui souhaite adapter cette technologie à l’île et préparer sa commercialisation. Un prototype de taille réelle devrait être validé et mis à l’eau fin 2010 au large de Saint-Pierre pour une entrée en production d'électricité prévue en 2012. Patrick Charignon, directeur général d’EDF EN Outre-mer, a déclaré aux deux grands médias écrits de l'île, Clicanoo et Témoignages, : “L’île a un bon rapport entre puissance et surface mobilisée concernant la houle. Une énergie disponible 4 000 heures/an, dont l’intermittence est prévisible assez facilement. La Réunion sera le premier site a expérimenter la technologie CETO à taille réelle. C’est une exclusivité mondiale qui ouvre les portes d’un potentiel gigantesque. Au niveau mondial, la houle dépasse toute la production nucléaire du globe”. Si c'est EDF qui le dit !!!!
Concernant CETO, l’Australie dispose en effet d’une maquette à échelle réduite (cf mes nombreux articles sur cette technologie depuis 2 ans) . Le montant total des dépenses pour la mise en valeur de ce projet à la Reunion s'élève à 4.150.000 euros, dont 3 millions dans le cadre du Plan de relance.
Dans le mix énergies renouvelables à l’horizon 2025, l’énergie des vagues pourrait contribuer pour 1% à la production d'électricité. Un chiffre quelque peu décevant rapproché des déclarations tonitruantes d'EDF EN citées plus haut ! Mais au-delà des chiffres, il semble que chacun soit enfin conscient que le mix énergétique des renouvelables marines contribuera non seulement à remplacer le charbon dans la production insulaire de l’électricité mais aussi à alimenter accessoirement de nouvelles formes de climatisation, d'aquaculture, de la culture d’algues sans parler de la production d'eau douce possible à obtenir en utilisant le procédé de l'énergie osmotique (terme jusque-là barbare et qui commence à se glisser dans les conversations… même insulaires !). La Région s’est engagée depuis 1998 à atteindre l’objectif d’autonomie énergétique en 2025 via le PRERURE. Le projet Gerri, établi par l’Etat à la suite du Grenelle de l’Environnement, va également dans ce sens. En devenant une terre d’expérimentation, La Réunion pourrait bien, comme l’a annoncé le Premier ministre lors de sa visite, devenir le lieu de création d’un Centre des énergies marines. A entendre le Premier ministre d'ailleurs c'est fou le nombre de Centres d'énergies marines qu'il devrait y avoir en France… Que ces souhaits deviennent donc réalité !

Francis ROUSSEAU

Docs. Sites liés. Photo : simulation de centrale ETM ©Temoignages
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