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Paris - France (U.E) - Lundi 18/05/2015 - Energies de la mer - Interview exclusive de Michel Derdevet, Secrétaire général et Membre du Directoire d’ERDF, auteur du rapport : « Energie, l’Europe en réseaux ». A deux jours de l'ouverture de THETIS qui se déroule à Nantes et à la veille des Assises du Syndicat des Energies Renouvelables qui s'y tiendra demain 19 mai en pré-ouverture, à lire ou relire avec attention.

 

Souvent disparates, les politiques nationales européennes de l’énergie doivent désormais trouver leur cohérence dans des réseaux européens d’électricité et de gaz  – de transport comme de distribution - « repensés ».

Michel Derdevet a répondu aux questions du Portail « Energies de la mer » sur ce qui, de son point de vue, est une opportunité pour donner une nouvelle impulsion à la politique énergétique européenne.

L'objectif à la relecture de son rapport trois mois après sa remise au Président de la République, de s avancées de COP21 et au regard de l'actualité, les recommandations qui doivent assurer une  sécurité énergétique, réduire les coûts des infrastructures et trouver les moyens financiers pour affronter cette nouvelle ère qui tend vers un mix énergétique décarboné, avec une accélération de la prise en compte des énergies durables alternatives

EDM : Vous avez remis au Président de la République le 23 février dernier le rapport : «Energie, l’Europe en réseaux» ICI. Quels sont les principaux défis auxquels les réseaux sont confrontés et quelle doit être la stratégie pour mettre en place vos propositions ?

Michel Derdevet : Les réseaux sont au cœur de la réponse aux trois enjeux stratégiques de l’énergie, aussi appelé « trilemne énergétique ». Ils garantissent la sécurité d’approvisionnement grâce, notamment, aux interconnexions. Ils se réinventent pour mettre en œuvre la transition énergétique et accueillir massivement les énergies renouvelables et les nouveaux usages tels que les véhicules électriques. Ils doivent enfin réaliser à moindre coût l’ensemble de ces investissements pour préserver le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises : rappelons que le tarif d’acheminement représente environ 30 % d’une facture d’électricité ! Toute stratégie vis-à-vis des réseaux doit donc prendre en compte simultanément ces trois aspects de la sécurité d’approvisionnement, de la mise en œuvre de la transition énergétique et de la préservation de la facture des usagers. C’est le sens de mes propositions au Président de la République. L’enjeu fondamental tient dans le renforcement des coopérations européennes pour parvenir à une mutualisation des efforts, à une amélioration des retours d’expériences, à un renforcement de l’innovation et à une diminution des coûts de financement. A travers ces grands axes et une approche pragmatique, l’Europe a tous les atouts pour s’affirmer en leader de l’industrie des réseaux.

EDM : Quels sont justement les atouts de la France pour la transformation ou l’adaptation des réseaux ?

Michel Derdevet : La France dispose de nombreux avantages pour être une force motrice de l’Europe des réseaux. Elle dispose tout d’abord d’une position géographique en Europe qui fait d’elle un véritable carrefour des flux d’énergie. Elle bénéficie ensuite d’opérateurs nationaux et d’industriels de renommée mondiale qui sont à même de porter d’importants efforts de R et D. Par ailleurs, les principes organisant le transport et la distribution d’énergie autour de grands opérateurs nationaux permettent à notre pays de bénéficier d’un des meilleurs tarifs d’acheminement européen. Pour l’électricité, ce tarif est par exemple 25 % moins cher qu’en Allemagne. Et grâce à la péréquation, nous préservons la solidarité territoriale et contribuons à la lutte contre la précarité énergétique. Enfin, la loi de transition énergétique qui est en débat à l’Assemblée nationale générera une impulsion forte en faveur de la modernisation des réseaux, qu’il s’agisse du déploiement de 7 millions de points de recharge de véhicules électriques, de la mise en œuvre des territoires à énergie positive ou encore de la mise à disposition d’un véritable service public des données énergétiques.

EDM : Quelles sont les principales difficultés rencontrées pour le déploiement et la modernisation des réseaux en France ?

Michel Derdevet : Les difficultés sont bien identifiées, encore que certaines vont prendre une importance croissante si elles ne sont pas traitées à temps. En premier lieu, la question de l’acceptation des ouvrages par les territoires traversés par une ligne de transport est cruciale. Face à la multiplication des recours, les projets peuvent mettre plus d’une décennie à se matérialiser. C’est ici un enjeu crucial de sécurité d’approvisionnement, car ce sont le plus souvent les grandes lignes de transport qui sont concernées par ces délais. C’est pour cela que je propose une plus ample association des territoires concernés par ces infrastructures, notamment à travers un fonds d’investissement local. Effectivement, les lignes de transport procurent des bénéfices globaux, mais ont des impacts locaux, en particulier paysagers, qu’il convient de compenser intelligemment.

Par ailleurs, le développement des énergies renouvelables et des nouveaux usages va impliquer d’importants renforcements des réseaux de distribution, qui n’ont pas été conçus pour cette fonction de collecte. L’ensemble des investissements à réaliser sur les réseaux sont colossaux, plusieurs centaines de milliards d’euros et davantage que pour les centrales de production. Il y a là un véritable mur d’investissements qui ne pourra être surmonté qu’à travers la réintroduction d’une perspective longue dans les financements et la mise en place d’un cadre régulatoire offrant cette visibilité de long terme.

EDM : Comment pensez-vous intégrer les réseaux qui se mettent en place pour exploiter les énergies renouvelables de la mer ?

Michel Derdevet : On constate depuis peu une accélération dans le domaine des énergies renouvelables de la mer. Les études prospectives montrent toutes qu’elles ont un rôle significatif à jouer dans la transition énergétique et pour atteindre les objectifs en matière de développement des énergies renouvelables. Au regard de ses atouts industriels en la matière et de sa façade maritime, il est essentiel que la France acquiert une position de leader dans le développement des énergies renouvelables de la mer. Du point de vue des réseaux, elles se révèlent particulièrement intéressantes, car elles sont généralement plus prévisibles et plus stables que peuvent l’être par exemple le photovoltaïque ou l’éolien onshore. Dans le même temps, leur raccordement n’est pas très différent sur le principe de celui des énergies renouvelables terrestres, si ce n’est qu’ils peuvent être plus coûteux en raison du cadre marin. En revanche, l’enjeu tient sans doute dans l’adaptation du cadre administratif pour faciliter ces raccordements de façon acceptable par rapport à l’obligation de préservation du littoral.

EDM : Quel est le défi à relever par l’Union Européenne pour la mise en place des réseaux au niveau européen?

Michel Derdevet : Il est absolument nécessaire de renforcer la coopération entre les différents acteurs, gestionnaires de réseaux, régulateurs, collectivités locales, industriels, etc. Face à l’ampleur des investissements à réaliser, la mutualisation est une nécessité et, au vu de la diversité des atouts de chacun, une opportunité. Ces coopérations renforcées sont au cœur de mes propositions et prennent diverses formes. Il serait par exemple souhaitable que les gestionnaires de réseau de transport nationaux se rapprochent avec peut-être la perspective de constituer des gestionnaires de réseau européens. De la même façon, les régulations nationales peuvent varier fortement entre les pays et toute approche européenne des enjeux ne pourra faire l’impasse d’une convergence de ces régulations. Je propose aussi la création d’un Forum européen des territoires, qui doit permettre de faire émerger les bonnes pratiques et de bénéficier des retours d’expériences des collectivités territoriales pionnières.

EDM : De quelle manière le plan Juncker peut faciliter la création du Fonds d’investissement européen que vous préconisez?

Michel Derdevet : La mise en place de nouveaux leviers de financement des infrastructures énergétiques est une nécessité tant pour faire face à la montagne d’investissements qui est devant nous que pour en réduire les coûts en termes de charge de capital. A cet égard, le Plan Juncker constitue une avancée considérable avec toutefois un bémol, puisqu’il utilise comme fonds de garantie les budgets déjà dédiés à l’énergie que sont Horizon 2020 et Connecting Europe Facility. Par ailleurs, les investissements dans les infrastructures énergétiques, telles que les lignes à haute tension, produisent des avantages diffus sur l’ensemble de l’Europe, mais des désagréments locaux, par exemple paysagers. Les nombreux recours qui en résultent sont la principale explication du retard et des surcoûts de projets pourtant nécessaires à la sécurité d’approvisionnement. C’est la raison pour laquelle je propose la création de ce Fonds d’investissement territorial adossé au Plan Juncker, à destination des territoires traversés par les ouvrages, afin qu’ils puissent bénéficier d’investissements pour leurs projets locaux. Cela permettrait de rendre les projets d’infrastructures plus attractifs, de réduire les potentiels de recours, de développer l’économie locale de territoires souvent ruraux et finalement de réduire les coûts des infrastructures et leur durée de réalisation. Le tout au bénéfice de la sécurité d’approvisionnement, de la facture des usagers et de la croissance économique.

EDM : Quels sont les objectifs du Collège d’Europe de l’énergie que vous avez proposé ?

Michel Derdevet : La transformation du système énergétique européen sera un processus sur plusieurs décennies qui mobilisera des centaines de milliards d’euros d’investissement et s’inscrira dans un processus d’innovation et de R&D de grande envergure. Avec l’Union de l’Energie qui se met actuellement en place, cela s’accompagnera d’une intégration renforcée du marché européen de l’énergie. Réussir cela implique une montée en compétences de milliers de salariés, ou futurs salariés, sur tout le continent. Le Collège d’Europe de l’énergie que je propose d’instituer aurait vocation à favoriser les approches transversales, mêlant les enjeux techniques, économiques, juridiques ou sociologiques en prenant en compte la diversité de situations des Etats membres. Cela irait de pair avec des cursus en formation initiale ou continu et des passerelles avec les industries et les laboratoires de recherche. Le Collège d’Europe de l’énergie contribuerait enfin à faire de l’Union de l’Energie un projet de société œuvrant à l’intégration européenne.

Propos recueillis par Brigitte Bornemann Energies de la mer.

A lire ou à relire : 

24/02/2015 - Note de conjoncture de la Fondation Jean-Jaurès. Les réseaux électriques et gaziers, socles de la coopération européenne. ICI

18/03/2015 - Eclipse, réseaux et ENR/EMR: ue simulation grandeur nature ICI

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